Composter en appartement : lombricomposteur ou bokashi ?
6 min de lecture · publié le 30 mai 2026
Composter en appartement : lombricomposteur ou bokashi ?
Pas de jardin, pas de balcon ou juste quelques mètres carrés ? Bonne nouvelle : composter en appartement est tout à fait possible, sans odeur ni moucherons (promis !), à condition de choisir la bonne méthode. Le lombricomposteur et le bokashi sont les deux solutions stars pour valoriser ses épluchures même au 5ᵉ étage sans ascenseur.
Dans cet article, on vous explique comment chacun fonctionne, leurs avantages, leurs limites, et comment choisir celui qui correspond à votre cuisine, votre rythme de vie et vos déchets.
Pourquoi composter quand on vit en ville ?
En France, les biodéchets représentent environ 30 % de nos poubelles ménagères. Et depuis le 1er janvier 2024, la loi impose à chaque collectivité de proposer une solution de tri à la source des biodéchets. Beaucoup de villes installent des bacs de quartier, mais le compostage individuel reste la solution la plus autonome.
Composter chez soi, c'est :
- Réduire ses déchets de 30 à 40 % en volume
- Diminuer les odeurs dans la poubelle (les épluchures fermentent vite !)
- Produire un engrais naturel pour ses plantes d'intérieur, son balcon ou à offrir
- Boucler la boucle entre cuisine et nature, même en ville
Ce geste s'inscrit dans une démarche plus large d'alimentation responsable, comme cuisiner les fanes et épluchures ou choisir des produits avec des labels bio fiables.
Le lombricomposteur : la méthode des vers de terre
Comment ça marche ?
Un lombricomposteur est un bac (souvent à étages) qui abrite une colonie de vers de compost — généralement des Eisenia foetida et Eisenia andrei. Ces petits travailleurs dévorent vos épluchures et les transforment en :
- Lombricompost : un terreau riche et noir, parfait pour les plantes
- Lombrithé (ou jus de compost) : un liquide à diluer pour fertiliser
Les vers vivent dans une litière (cartons, feuilles mortes) et remontent vers les étages supérieurs au fur et à mesure que vous ajoutez de la matière fraîche.
Ce qu'on peut mettre (et ne pas mettre)
À mettre :
- Épluchures de fruits et légumes (sauf agrumes en grande quantité)
- Marc de café, sachets de thé en papier
- Coquilles d'œufs écrasées
- Carton brun non imprimé, essuie-tout
- Restes de pain rassis (peu)
À éviter :
- Viande, poisson, produits laitiers
- Ail, oignon, agrumes en excès (irritent les vers)
- Plats cuisinés salés ou gras
- Tout ce qui n'est pas organique
Avantages et inconvénients
Les + :
- Produit un compost mûr prêt à l'emploi
- Fonctionne en continu, peu d'efforts
- Ludique avec les enfants (oui oui !)
- Pas d'odeur si bien équilibré
Les − :
- Besoin de place (environ 50 × 50 cm au sol minimum)
- Démarrage lent : il faut 2-3 mois pour que la colonie se stabilise
- Sensible aux variations de température (idéal entre 15 et 25 °C)
- Vacances longues = il faut prévoir des réserves de carton
Prix et où l'installer
Comptez entre 70 et 200 € pour un modèle du commerce (Eco-Worms, City Worms, Vers la Terre…), ou montez le vôtre avec des bacs gerbables pour 20-30 €. De nombreuses collectivités proposent des lombricomposteurs subventionnés voire gratuits — renseignez-vous en mairie.
Installez-le dans la cuisine, un cellier, sous l'évier, sur un balcon abrité ou dans une cave tempérée.
Le bokashi : la fermentation japonaise
Comment ça marche ?
Le bokashi (qui signifie "matière organique fermentée" en japonais) n'est pas vraiment un compost mais un processus de fermentation anaérobie (sans oxygène). Vous remplissez un seau hermétique avec vos déchets, en saupoudrant à chaque couche un activateur : du son de blé inoculé avec des micro-organismes efficaces (EM).
Au bout de 2 à 3 semaines, vous obtenez :
- Une matière fermentée, acide, façon "choucroute de déchets"
- Un jus de bokashi à récupérer via un robinet en bas du seau
La matière fermentée n'est pas du compost utilisable directement : il faut ensuite l'enterrer (dans une jardinière, un pot de plante, un composteur de quartier) où elle finira de se décomposer en 2 à 4 semaines.
Ce qu'on peut mettre (presque tout !)
C'est le grand atout du bokashi : il accepte ce que le lombricomposteur refuse.
- Épluchures, restes de repas cuits
- Viande, poisson, os (en petits morceaux)
- Produits laitiers, fromage
- Agrumes, ail, oignon
- Marc de café, sachets de thé
À éviter quand même : les liquides en grande quantité, les coquillages, et les déchets en décomposition avancée.
Avantages et inconvénients
Les + :
- Compact : un seau de 16 L suffit pour 1 à 2 personnes
- Pas d'odeur si le seau est bien fermé (légère odeur aigre-douce à l'ouverture)
- Rapide : 2 semaines de fermentation
- Accepte presque tous les déchets de cuisine
- Le jus dilué (1:100) est un excellent engrais liquide
Les − :
- Nécessite d'acheter régulièrement de l'activateur (environ 15-25 €/an)
- Pas de produit fini directement utilisable : il faut une 2ᵉ étape d'enfouissement
- Il faut deux seaux (l'un fermente pendant qu'on remplit l'autre)
Prix
Un kit bokashi (2 seaux + son activateur) coûte entre 60 et 100 €. Là encore, certaines villes le proposent à tarif réduit.
Lombricomposteur ou bokashi : lequel choisir ?
| Critère | Lombricomposteur | Bokashi |
|---|---|---|
| Place nécessaire | Moyenne à grande | Petite |
| Type de déchets | Végétaux uniquement | Tout type |
| Produit fini | Compost prêt à l'emploi | Matière à enterrer |
| Entretien | Régulier mais doux | Saupoudrer + vider le jus |
| Vacances | Délicat au-delà de 3 semaines | Facile à pause |
| Budget annuel | Quasi nul | 15-25 € d'activateur |
Choisissez le lombricomposteur si : vous avez de la place, des plantes à nourrir, et plutôt des déchets végétaux (vous cuisinez beaucoup des légumes de saison, par exemple).
Choisissez le bokashi si : vous vivez dans un petit espace, vous cuisinez varié (viande, poisson, restes de repas), et vous avez accès à un composteur de quartier ou des grandes jardinières pour la 2ᵉ étape.
Astuce : beaucoup de citadins combinent les deux ! Le bokashi traite tout, le lombricomposteur prend le relais pour transformer la matière fermentée en compost utilisable.
Démarrer sans se rater : 5 conseils pratiques
- Coupez petit. Plus les morceaux sont fins, plus la décomposition (ou la fermentation) est rapide. 2-3 cm maximum.
- Équilibrez sec/humide dans le lombricomposteur : ajoutez régulièrement du carton brun pour absorber l'humidité.
- Videz le jus de bokashi toutes les semaines : c'est un trésor pour vos plantes, mais il fermente vite.
- Surveillez les moucherons : ils sont attirés par les fruits trop mûrs. Recouvrez systématiquement les nouveaux apports d'une couche de carton (lombri) ou d'activateur (bokashi).
- Patience au démarrage. Un lombricomposteur met 2 mois à "tourner" vraiment. C'est normal.
Et après ? Utiliser son compost en appartement
Une fois votre compost prêt, plusieurs options :
- Rempotez vos plantes d'intérieur avec un mélange terreau + 20-30 % de lombricompost
- Boostez votre balcon : aromatiques, tomates cerises, fraisiers adorent
- Offrez-le à des proches jardiniers, en compostant un peu plus que vos besoins
- Donnez à un jardin partagé ou à une AMAP du quartier
Le jus, lui, se dilue à 10 % dans l'eau d'arrosage et remplace avantageusement les engrais chimiques.
Combiné à d'autres gestes simples comme bien ranger son frigo ou faire ses propres conserves, le compostage en appartement boucle élégamment le cercle d'une cuisine plus sobre et plus consciente.
En résumé
Composter en appartement n'a rien d'une mission impossible. Le lombricomposteur séduit les amoureux du compost "vivant" et les jardiniers de balcon. Le bokashi convainc les petits espaces et les cuisines variées. Dans les deux cas, vous réduisez vos déchets, vous gagnez en autonomie, et vous (re)découvrez le rythme naturel de la matière qui se transforme.
À vous de tester — et de constater, en quelques semaines, à quel point votre poubelle s'allège. Bonne aventure compost !
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